LE SYMBOLISME DU SANG DANS LE CHRISTIANISME

LE SYMBOLISME DU SANG DANS LE CHRISTIANISME

A un moment quelconque de sa vie, tout être humain réfléchi se verra certainement confronté à cette angoissante question : Pourquoi l'histoire de cette religion universelle qu'est le christianisme a-t-elle dû faire couler tant de sang ?

Que l'être humain se sente chrétien ou se dise simplement tel, que, pour des raisons bien pesées, il se réclame de l'enseignement de Jésus de Nazareth ou qu'il considère celui-ci comme un simple personnage historique, qu'il ne se rattache à aucune confession ou, au contraire, adhère à l'une des nombreuses églises et communautés existantes, la question demeure posée.

Pour saisir correctement l'ampleur de cette question, il s'avère nécessaire de remonter loin dans l'histoire des religions, bien avant la mort de Jésus sur la croix.

Dans l'Ancien Testament, où le mythe du sang apparaît avec le meurtre d'Abel par son frère Caïn, Yahvé dit : "La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi." (Genèse IV, 10)

Dans le livre de l'Exode, chapitre 12, 11-14, on retrouve la signification primitive que la religion juive donna d'abord au sang et que le christianisme adopta également par la suite sous une forme bien définie et à peine modifiée. Il est dit dans ce chapitre : "... Et c'est une pâque en l'honneur de Yahvé. Cette nuit-là je parcourrai le pays d'Egypte et je frapperai tous les premiers-nés dans le pays d'Egypte, ceux des hommes et ceux des bêtes, et à tous les dieux d'Egypte j'infligerai des châtiments, moi Yahvé ! Le sang vous servira à désigner les maisons où vous vous tenez. A la vue de ce sang, je passerai outre et vous échapperez au fléau destructeur lorsque je frapperai le pays d'Egypte. Ce jour-là vous en ferez mémoire et le solenniserez comme une fête en l'honneur de Yahvé. Pour toutes vos générations, vous le décréterez jour de fête, à jamais."

Le sang : un symbole d'alliance

A cette époque lointaine, le sang n'avait pas encore la signification d'un sacrifice, ce qui ressort d'ailleurs du texte. Il n'était rien d'autre qu'une marque et, pour ainsi dire, un "signe" rouge. Mais il ne le demeura pas. Il se transforma bientôt en cérémonial de culte, puisque de nouvelles directives furent adressées au peuple désigné sous le nom de "peuple de Dieu" : "... Tu immoleras chaque jour un taureau en holocauste pour te réconcilier avec l'Eternel. Tu purifieras l'autel de tes péchés si tu souhaites te réconcilier avec Lui et tu devras l'oindre afin qu'il soit consacré."

Abstraction faite de cette malencontreuse traduction du texte hébreu, nous voyons cependant se dégager le sens suivant lorsque nous poursuivons notre lecture : ce n'est pas seulement l'autel qui va se trouver aspergé de sang mais également le peuple ! Ainsi le sang se transforme-t-il en gage solennel de l'alliance avec Yahvé.

Pour résumer la chose, le signe du sang aboutit au sacrifice par le sang. D'une part, le sang devint désormais un symbole de l'alliance quotidiennement renouvelée entre le peuple élu et son Dieu ; d'autre part - et c'est là un facteur déterminant - on lui conféra une fonction symbolisant la réconciliation, la purification, la rédemption. En un mot, une fonction de substitution !
Tel était donc le culte juif, un culte sanglant qui se perpétue encore de nos jours chez les juifs orthodoxes pieux, en fonction des possibilités actuelles.

Le christianisme naquit à la fois de la synagogue juive et de l'influence du culte des mystères pratiqué à l'époque dans les pays voisins. Comme son nom l'indique, il se rapporte au Christ mais procède sans aucun doute surtout de la théologie de l'évangéliste Jean et de celle de l'apôtre Paul. Dans sa doctrine, cette religion et ses ramifications révèlent une étonnante similitude avec la religion qui la précède.

Certes, plus aucun bélier n'est abattu ni exposé sur les autels. Mais cette religion enseigne irrévocablement que les millions de sacrifices d'animaux offerts dans le passé ont désormais été remplacés par un seul et unique sacrifice, un sacrifice immense et définitif : celui du sang du Christ sur la croix du Golgotha.

Grâce à cette mort prétendue sacrificielle, ce n'est pas seule-ment aux juifs mais aussi à tous les êtres humains de notre terre qu'échoit en partage l'absolution de leurs péchés, la réconciliation, la rédemption. Donc, là également, intervient une fonction de substitution. Il suffisait en somme que les hommes se fassent baptiser - autant que possible à l'âge adulte - et acceptent avec ce baptême, sorte de rite initiatique, la foi chrétienne. Etant donné que cette doctrine est généralement connue, elle ne nécessite pas de plus amples commentaires. Il est seulement frappant de constater que la loi morale, qui pèse lourdement sur la religion juive comme sur la religion chrétienne, semble en l'occurrence ne pas y trouver son compte.

Dès l'instant où prévaut une telle conception du sang, il est indéniable que les dix Commandements, quintessence de toute doctrine chrétienne, tout au moins dans ses catéchismes, se trouvent en pratique facilement relégués à l'arrière-plan. Car, en dernier ressort, chacun considérera nécessairement qu'il peut sembler inutile d'observer les dix Commandements puisque leur transgression peut à tout moment être lavée par un sacrifice expiatoire de substitution. Et, en fait, ce code de lois nommé décalogue constitue effectivement un problème en suspens, non encore résolu pour les adeptes des religions prônant la rédemption.

L'une des conséquences qui en découlèrent fut que, dès le début du Moyen-Age, les sectes abordant résolument ce problème se séparèrent de l'Eglise qui les fit alors anéantir pour cause d'hérésie.

Les notions de croix, de sang, de grâce et de loi furent, sans nul doute, la source de contradictions. Mais aussi confuses et obscures qu'elles puissent paraître pour la plupart des chrétiens, c'est peu de chose en regard de ce qui suivit immédiatement la mort terrestre du Christ, à savoir l'activité de ses adeptes au cours du 1er siècle.

Les sources étant incertaines, il fallut souvent recourir à de prudentes déductions afin de pouvoir découvrir, fût-ce approximativement, ce qui fut jadis prêché, écrit, enseigné, et quels genres de personnalités différentes furent à l'œuvre. Il fallut également découvrir comment se manifestait la vie communautaire des premiers chrétiens, quels étaient alors les rites, les cultes, voire les sacrements, et dans quelles circonstances les jeunes missionnaires chrétiens furent dépêchés dans le bassin méditerranéen.

Quelles que soient les conclusions auxquelles chacun peut aboutir en fonction de sa formation, un fait devra être pris en considération : le chemin qui conduisit à la constitution d'une église ou d'un enseignement homogène fut long et pénible.

D'abord les premiers chrétiens n'y songèrent aucunement car ils s'attendaient à l'imminente arrivée du Christ comme messie, roi et juge de l'univers.

Confusion entre le Fils de Dieu et le Fils de l'Homme

Voilà qui semble quelque peu absurde, après coup. Car, comment Jésus, qui venait tout juste de mourir et d'être enseveli, aurait-Il pu " revenir " dans un avenir proche, c'est-à-dire plus précisément, demain ou après-demain, en tout cas bientôt ? Or, l'espérance des premiers chrétiens se fondait sur cette attente. La promesse de Jésus annonçant l'arrivée prochaine d'un Envoyé de Dieu - appelé "consolateur, Fils de l'Homme, Esprit de Vérité" - fut mal interprétée à double titre. Ils croyaient en effet que non seulement celui qui était annoncé se confondait avec Jésus, mais encore que cette promesse s'accomplirait de leur vivant, et ils attendaient cet événement avec une telle foi que l'idée ne leur venait pas de fonder une église. Qu'auraient-ils bien pu fonder sur terre puisque le Seigneur devait bientôt venir les rappeler à lui ?

De ce fait, leur annonce de la Parole était avant tout eschatologique, en d'autres termes, orientée sur le proche avenir, sur la venue imminente du Jugement universel, sur les fins dernières. Dans leurs assemblées plus ou moins informelles, ils se considéraient comme le peuple de Dieu de la fin des temps, d'où l'intensité de leur conviction. Etre à nouveau réunis autour de Jésus, se trouver par conséquent auprès de Dieu, telle était l'idée directrice ! Or, Jésus n'apparaissant pas, les difficultés surgirent. Leur exaltation première passée fut remplacée par un départ pour la longue traversée de cette vallée de larmes qu'est la terre.

Les premiers chrétiens furent même submergés de difficultés angoissantes d'une telle ampleur que le christianisme en souffre encore aujourd'hui dans son ensemble, à savoir l'obligation de réviser leurs modes de pensée, la nécessité de faire des efforts de réflexion pour se remémorer ce que Jésus avait effectivement voulu dire ; puis, plus tard, le combat acharné contre les hérésies venues de l'extérieur et maintes controverses pleines d'animosité avec les hérétiques de l'intérieur. Bref, ils eurent l'obligation de prendre en compte ces difficultés.

Durant ce premier siècle qui vit la naissance du christianisme, le sang ne joua curieusement qu'un rôle secondaire. Mais il semble que ce soit la seule exception dans l'histoire de cette religion assombrie par le sang. Bien que lié à la crucifixion, le sang ne joua en effet pas un rôle primordial chez les premiers chrétiens. La théologie paulinienne de la croix n'était pas encore née. Aucun de ces chrétiens, pas plus que Jean, le plus éminent, ne témoigne de cette expiation par le sang. C'est là une carence dont le paradoxe mérite d'autant plus notre attention.

La mort de Jésus : sacrifice ou meurtre ?

Pourquoi donc Jésus est-Il mort sur la croix ? La question ne peut plus être : "Pour qui ?", mais elle doit être formulée en ces termes : "Pourquoi ne s'est-Il pas enfui devant le meurtre qui le menaçait ?"

Avant de répondre, il importe de savoir que, jusqu'à la fin, Jésus pouvait entrer à Jérusalem et en sortir librement. La trahison de son disciple Judas Iscariot, de sinistre mémoire, ne consistait pas à avoir révélé l'endroit précis où Jésus pourrait être appréhendé, mais à dénoncer aux prêtres juifs que Jésus prétendait être le "Fils de Dieu". Or, pour une raison bien déterminée qui nous est inconnue, mais que nous pouvons pressentir, Jésus avait interdit qu'on en parle.

Entre autres, cette trahison cadre rigoureusement avec le sacrifice expiatoire par le sang. La simple réflexion suivante permet d'en comprendre aisément la logique : en effet, si Judas avait dû être un "instrument de Dieu", si donc le prétendu sacrifice sanglant de Jésus pour le rachat des péchés avait été prédéterminé par Dieu, le problème de savoir en quoi consiste le crime de Judas resterait à jamais insoluble. Le crime n'était-il pas nécessaire pour entraîner une mort ? Or, toutes les tentatives théologiques de réhabilitation de Judas sont fausses. La Vérité n'est pas aussi mystérieusement déguisée, elle n'est pas à ce point inconcevable et invraisemblable ! Elle ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Elle conserve immuablement sa clarté, totalement indépendante des conceptions humaines.

Certes, Jésus de Nazareth n'a pas voulu se soustraire à la mort en prenant la fuite. Pourtant, ce n'était absolument pas parce qu'Il acceptait de se laisser égorger, tel l'agneau du sacrifice, mais c'était parce qu'Il se sacrifiait pour témoigner de sa conviction. En répandant son sang au Golgotha, Il scellait la valeur de sa mission qui consistait à annoncer la Parole de Vérité.

Martyrs chrétiens

En fin de compte, s'Il se sacrifiait même jusqu'à verser son sang, Il ne le fit pas comme la plupart des martyrs ultérieurs, ces témoins par le sang de la religion chrétienne qui l'imitèrent littéralement et qui, tel Ignace d'Antioche par exemple, insistèrent pour verser leur sang à tout prix. Ignace avait édifié une sorte de théologie personnelle sur le sacrifice volontaire de la vie, c'est-à-dire sur le martyre. Après les deux doctrines de Paul et de Jean, c'était déjà la troisième. Mais, au grand jamais, l'imitation qu'il prônait n'aurait recueilli l'assentiment du Fils de Dieu.

Ignace d'Antioche, "évêque" de Syrie - ce qui à l'époque signifiait tout simplement "inspecteur" - fut vraisemblablement déporté à Rome sous le règne de l'empereur Trajan pour y être livré aux fauves. Au cours du voyage, dans sa lettre aux Romains, il pria instamment la communauté de cette capitale de ne pas faire jouer son influence pour écarter le martyre imminent. Nul ne devait intervenir ou entreprendre quoi que ce soit pour le sauver afin qu'il "arrive à Dieu", ainsi qu'il l'écrivait littéralement. Sa pensée culmine toutefois dans la phrase suivante : "Accordez-moi d'être un imitateur des souffrances de mon Dieu !"

Sans doute les sept lettres d'Ignace ne furent-elles pas intégrées dans le canon du Nouveau Testament, c'est-à-dire dans la "liste officielle et complète" des vingt-sept écrits mentionnés pour la première fois en l'année 367 par Athanase d'Alexandrie. On ne saurait cependant méconnaître que leur retentissement sur le peuple chrétien fut considérable. Parmi les nombreuses lettres à peine connues qui circulèrent parmi les premières communautés jusqu'à la fixation définitive du Nouveau Testament - c'est-à-dire celles qui furent sans cesse recopiées et lues avec vénération - les écrits d'Ignace figurèrent au premier plan avec leur idée directrice d'imitation, de sacrifice volontaire, en fait, de mort volontaire.

Le symbolisme du sang dans le christianisme (2/2)

L'évangile de Jean

Dans le Nouveau Testament, c'est l'évangile de Jean qui contrastait le plus avec cette aberration inouïe, car le sang n'y était pour ainsi dire pas encore mentionné.

Sur ce sujet, l'auteur tranchait aussi par un état d'esprit inhabituel ; il procédait par légères touches, discrètement. Par comparaison avec les synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), Jean éclairait le chemin terrestre de Jésus d'une nouvelle lumière ; il disposait souverainement de la documentation existante et mettait discrètement l'accent sur d'autres passages comme nous allons le voir. Que les Pères de l'Eglise l'aient admis dans le canon apparaît donc presque comme une surprise.

Sans doute faut-il se souvenir qu'il n'est pas possible de considérer le texte de Jean comme son oeuvre authentique. Le texte original n'existe plus ; maints passages furent rédigés plus tard et pour ainsi dire adaptés aux exigences ecclésiastiques.

Certes, la première lettre de Jean - chapitre 1, verset 7 - comporte bien le passage suivant : "Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tous les péchés". Mais cette phrase constitue un corps étranger dans la conception globale de Jean. Elle ne s'y intègre pas, elle ne peut donc vraisemblablement pas être de sa main. Que l'évangile et les trois lettres de Jean soient d'un seul et même auteur fait d'ailleurs l'objet de controverses. Chez cet évangéliste, on ne trouve pas trace de sacrifice expiatoire. D'ailleurs, il n'y figure pas plus que la "naissance virginale".

Sous ce rapport, il est également significatif que Jean ne fasse nulle part mention de l'institution de la cène que chaque chrétien met bien en relation directe avec la mort sacrificielle, et cela, qu'il s'agisse du sens symbolique ou de la trans-substantiation, c'est-à-dire de la transformation du vin de messe en sang du Christ. Jean n'en mentionne pas un iota. En revanche, il remplace la cène par la prière d'adieu de Jésus.

Qui était Jean ? Peut-être le sympathique disciple de Jésus qui portait le même nom ? Nul ne peut l'affirmer avec certitude.

La doctrine de Paul

Paul était, lui aussi, un "outsider", mais d'un genre absolument différent. Par le titre qu'il s'attribuait autoritairement, à savoir "messager en ambassade pour le Christ" (2 Cor. V, 20-21), il occupe une place à part. Une telle prétention fait penser à un comportement sectaire. Pourtant, cette personnalité douée de facultés extraordinaires donna lieu au phénomène paulinien qui devint le noyau d'une religion universelle.

Voici la quintessence de sa doctrine : elle se limitait consciemment à se prosterner avec soumission devant la croix du Golgotha. Par contre, l'obéissance aux paroles de Jésus de Nazareth n'offrait à Paul aucun sujet de dissertation.

Comme chacun le sait, il n'avait pas été choisi comme disciple durant le séjour terrestre de Jésus. Il fut bouleversé par une vision sur le chemin de Damas. Les autres apôtres le reconnurent en dépit des propos véhéments qu'il tenait pour affirmer son indépendance. Après Damas, Paul ne semble guère avoir changé de caractère. Il demeura le penseur incisif, la "tête chaude", qui avait à lutter pour dompter ses passions. Il n'avait pas extirpé le fanatisme qu'il déployait sous le nom de Saül, et il ne fit que le sublimer au sein des communautés chrétiennes.

Mais aujourd'hui, cela ne dérange plus personne. Même ses lacunes théologiques n'auraient pas nécessité de débats si elles n'avaient donné naissance à ces courants dogmatiques aux effets persistants qui alimentent dans une très large mesure le christianisme contemporain, au point que cette religion ne devrait plus désormais être qualifiée de chrétienne mais de "paulinienne". Son interprétation du message de Jésus aboutit sur certains points fondamentaux à contredire ce message, ne serait-ce que parce qu'elle n'implique aucun repentir réel et néglige la nécessité de réparer les fautes commises, grâce à des efforts personnels. Malgré cela, elle n'en constitua pas moins une règle de conduite, une parole sacrée pour toutes les confessions chrétiennes. Celles-ci suivirent donc Paul, ce chef religieux qui ne sut que faire de la repentance exigée par Jésus, et la remplaça par le sang rédempteur. La théologie de la croix fut son idée.

Qu'est-ce qui a poussé Paul à s'engager dans cette direction ? Paul était issu du judaïsme hellénistique et puisait sa culture dans l'érudition rabbinique. C'est la raison pour laquelle la culture grecque, les formes des religions à mystères ainsi que la gnose lui étaient familières. Ce furent elles, en particulier, qu'il introduisit dans sa théologie en les transformant avec circonspection. Pour lui, sur le plan de la christologie s'ajoute seulement la figure du crucifié et du ressuscité dont il fit, à vrai dire, le couronnement de sa doctrine. L'événement de Damas n'avait déclenché chez lui ni effondrement moral, ni conversion par la pénitence, sans même parler d'illumination libératrice.

L'apôtre Paul a emprunté aux "mystères" la signification et la fonction du "sang rédempteur" en tant que sacrifice de substitution. Il s'agissait donc de quelque chose qui relevait d'une tradition fort ancienne. Le sacrifice expiatoire n'était donc pas une invention chrétienne.

Dans les mystères déjà, il existait des sacrements qui permettaient aux humains de participer au destin de la divinité des mystères, à sa mort aussi bien qu'à sa renaissance. Cela signifiait, il y a plus de deux mille ans, qu'en entraînant l'homme dans la mort, la divinité le libérait de la mort.

Paul avait encore étendu de façon originale le sens séculaire des mystères. La mort substitutive du Christ qui permettait à l'humanité - c'est du moins ce qu'il croyait - d'être "rachetée" de la malédiction de la Loi (Galates 3, 13) signifiait bien davantage pour lui que la rémission individuelle des péchés ; elle allait jusqu'à délivrer de l'assujettissement au péché, de l'emprise du péché. Telle était la nouveauté de la doctrine paulinienne.

Paul suivait ainsi les ordres de grandeur du mythe gnostique qu'il rattachait à la pensée des mystères. En d'autres termes, le rédempteur gnostique se confondait chez lui avec Attis, le dieu des mystères. Cette combinaison correspondait pour l'essentiel avec l'image spirituelle que Paul s'était faite de Jésus.

La conclusion qu'il convient de tirer ici ne peut donc plus surprendre personne. La signification du sang dans le christianisme, son sens de sacrifice expiatoire, est absolument antichrétienne, pour ne pas dire païenne. C'est une erreur car ce mythe du sang n'a rien à voir avec Jésus de Nazareth.
Contrairement à Paul - et en dépit des carences évidentes de leurs facultés de compréhension - les disciples de Jésus ne furent pas victimes de cette catastrophique idée du sang, de cette énorme erreur imputable à l'entendement chrétien.

L'erreur des persécutions : la leçon à tirer

C'est seulement avec Paul que la funeste erreur prit naissance pour se répandre bien après lui. A vrai dire, ce n'est qu'à partir de ce moment que "le sang se mit à crier de la terre".

Citons Ignace d'Antioche, les martyres, les crucifixions dans l'arène, la patiente épreuve de force avec les empereurs romains jusqu'à l'avènement de Constantin, les croisades médiévales vers Jérusalem, sans oublier cette "perversion" que représentent les croisades des enfants. Citons encore l'abomination de l'Inquisition, l'élimination de la secte des Cathares, celle des Humiliés, celle des Vaudois réapparus dans l'intervalle, celle encore des Pauvres de Lombardie et des Albigeois. Mentionnons également l'anéantissement total des Incas, adorateurs du soleil, par les conquistadors chrétiens d'Espagne, les milliers de victimes de guerre dues à la réintégration de l'Espagne méridionale arabe et islamique, au sein du monde chrétien. N'oublions pas les guerres de religion consécutives à la Réforme et à la Contre-Réforme et, pour finir, la souveraineté de droit divin mentionnée plus haut qui permettait de bénir les armes dont se servaient les chrétiens pour s'exterminer mutuellement. Un immense bain de sang en vérité !

Et cependant, que représente tout cela en regard du crime le plus atroce jamais perpétré dans l'histoire de l'humanité : l'assassinat d'un Fils de Dieu ! En tout état de cause, comment un tel acte doit-il et peut-il être expié, être racheté ?

Mais revenons à cette sanglante histoire d'Europe et même d'Amérique sommairement décrite, une histoire qui se confond avec celle de l'Occident au moins jusqu'à l'abdication du dernier empereur d'Allemagne. A-t-elle le moindre point commun avec les conceptions originelles et les exigences formulées par Jésus de Nazareth ? Un authentique chrétien peut-il être réellement convaincu qu'il subsiste le moindre rapport entre ces événements sanglants et son Sauveur ?

A cette question il n'y a qu'une seule réponse possible : son devoir de chrétien réside dans l'obéissance au rigoureux commandement d'amour de Jésus. La démarche suivante consisterait pour lui à cesser de crucifier à nouveau Jésus quotidiennement. Aucune puissance de l'univers ne saurait dès lors l'empêcher de se mettre en quête de la Vérité.


Peter Deiries
Commentaires (7)

1. avehoniaxia (site web) 03/09/2012

gqXEAZlR sac longchamp DCwnJlAcLY <a href=http://saclongchampvpliagesoldes.com]sac longchamp pas cher</a>.. iPOhJhe http://saclongchampvpliagesoldes.com

2. Theweehopsy (site web) 09/09/2012

uwjmaerph louboutin pas cher frlqfidyao <a href=http://louboutinmagasinonline.webnode.fr/>chaussures louboutin</a> ehafzzh http://louboutinmagasinonline.webnode.fr/

3. EscosseCliefs (site web) 23/10/2012

nfsfy <a href=http://frdesacvuittonnmagasinn.info>louis vuitton pas cher</a> juoker <a href=http://frdeabercromfitchmagasinn.info>abercrombie pas cher</a> fkatu http://frdesacvuittonnmagasinn.info uiey

4. doudoune moncler (site web) 24/10/2012

ycnqj <a href=http://www.acheterdoudounnesenligne.com>veste moncler </a>

5. doudoune moncler pas cher (site web) 25/10/2012

mwarf <a href=http://www.acheterdoudounnesenligne.com>doudoune moncler pas cher </a>

6. infiquite (site web) 07/11/2012

jldlsj vgazrq <a href="http://www.jpzairjodannshoesonlines.info/">ジョーダン</a> eebplbpc <a href="http://www.jpzmonclairjacketsonlines.info/">モンクレール アウトレット</a> krsqkth wxrgvhp aflur LE SYMBOLISME DU SANG DANS LE CHRISTIANISME - BOUTIQUE ESOTERIQUE EN LIGNE xmzmoam

7. dammaMigo (site web) 07/11/2012

nhzdfa htetmti <a href="http://www.fricchaussuresjordnnpascher.info/">air jordan</a> npxhjnwk <a href="http://www.frczmonclairsmagasinn.info/">moncler</a> gpcoorw bkuxc hzlktgm jgvz LE SYMBOLISME DU SANG DANS LE CHRISTIANISME - BOUTIQUE ESOTERIQUE EN LIGNE uxlhrde

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Annuaire Spiritualité Santé et Médecine : bien être, forum bien être l'annuaire du mieux être UCC

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×