LEGENDE OU REALITE ?

LEGENDE OU REALITE ?

Il y a toujours, et même plus que jamais, une littérature du Graal. Mais est-elle fondée ? Où en est la recherche des érudits en ce qui concerne la sublime vérité ? À quelles conclusions sont-ils arrivés ? Que savions-nous, en fait, jusqu’à présent de Parzival et du Saint Graal ?
Trois témoignages permettent d'approcher le sujet. 

Premier témoignage

Dans l'avant-propos de «Lumière du Graal», études et textes présentés sous la direction de René Nelli, Jean Ballard écrit : «Il n'est guère dans notre langue de mot plus chargé de prestige que Graal. C'est un maître mot des littératures occidentales. Et sa force vient de ce qu'à l'objet d'abord signifié, s'est substitué tout un ensemble d'idées et de croyances, comme il advient chaque fois que la réalité devient symbole sous l'effet d'un besoin de l'esprit ou d'une révélation.
A la rigueur, un tel mot pourrait se passer de définition, car son pouvoir de suggestion est immense et son rayonnement poétique inépuisable. Demandez à celui qui ne pratique ni les littératures médiévales, ni l'ethnographie, ce qu'éveille le Graal dans sa pensée, sans exiger de lui rien de précis, et il est vraisemblable qu'il ira d'instinct vers l'essentiel, vers la notion même du mythe.»

(Les Cahiers du Sud)

Deuxième témoignage

Dans l'introduction à «La Quête du Graal», Yves Bonnefoy dit : «Le maître mot manquera peut-être toujours. En dépit de l'interprétation chrétienne commencée au seuil du 13e siècle par Robert de Boron, en dépit de toutes celles, déraisonnables ou trop raisonnables, qu'on a proposées de nos jours, le mythe du Graal, l'admirable légende du château perdu, du vase nourricier et de la lance qui saigne, ne révélera peut-être jamais son économie profonde, altérée ou voilée dans nos romans médiévaux. Qui sait ? Il se peut qu'il n'y ait jamais eu, aussi loin que l'on remonte dans quelque tradition que ce soit, un mythe ou un rituel du Graal, et que le sens qui nous fuit dans ces romans dévots ou sceptiques ne soit jamais qu'un mirage, interférence des anciens thèmes celtiques, de l'érotique courtoisie et de l'adoration chrétienne du Précieux Sang. Des civilisations naissent parfois de ces convergences impossibles, de ces mélanges dans le creuset duquel on espère découvrir une forme plus haute de vérité.»
(«La Quête du Graal», édition présentée et établie par Albert Béguin et Yves Bonnefoy, Le Seuil).


Troisième témoignage

Et Jules Évola, philosophe et historien italien, écrit dans la préface de son livre, «Le mystère du Graal» : «Le Graal n'a rien à voir avec les divagations mystiques des uns, ni avec les dissections érudites des autres. Le Graal a un contenu vivant, un «mystère» dont on peut dire qu'il demeure jusqu'à présent largement ignoré. Il se relie à une tradition métaphysique, au sens le plus strict du terme. Ce n'est que dans le cadre d'une discipline apte à saisir la réalité de ce qui se cache derrière les symboles et les mythes primordiaux et, donc, dans la perspective d'une métaphysique de l'histoire, que l'on peut atteindre son sens le plus vrai et le plus profond»
(Villain et Belhomme, Paris).

Qu'en est-il ?

Certains auteurs ressentant une élévation particulière dans la vibration du mot Graal le font dériver du latin «graduale» qui signifie «graduellement», pas à pas, ou degré par degré. Dans cette optique, la quête du Graal deviendrait le développement graduel de l'esprit, le passage d'un état de somnolence à un état d'éveil et de responsabilité.
Après huit siècles d'investigations littéraire et historique, voilà donc le résultat décevant des efforts humains. Il est toujours impossible d'identifier celui qui a vraiment été à l'origine de la révélation. Le premier auteur est donc toujours inconnu. Mais au fond, ce n'est pas tellement important, et le fait de ne pas connaître le nom de celui qui a formulé le récit de la création, tel qu'il figure dans la Genèse, n'enlève rien à la grandeur monumentale et à la profonde valeur symbolique de ce récit. Ce qui est plus grave par contre, c'est qu'aujourd'hui, à l'heure de l'ultime décision, nous ignorions encore qui est Parzival, la nature de la haute mission dont il est investi, ce que sa personne et sa venue signifient pour nous, et ce qu'en vérité représente le Saint Graal tant pour la Création que pour chacun de nous.

Dans la citation de Jean Ballard - parlant de «réalité devenue symbole» - vibre également le pressentiment intuitif qu'à côté de la valeur littéraire et poétique, le Graal représente une haute valeur morale et que sa quête est, pour l'esprit, une pressante incitation à «rétablir le sens éthique et à recréer sa vie intérieure» donc à travailler activement au perfectionnement de son être. La citation d'Yves Bonnefoy met l'accent sur le côté mythique, la diversité des interprétations chrétiennes ou laïques proposées aujourd'hui pour faire état du doute qu'il y ait jamais eu une réalité à l'origine même du mythe. La citation de Jules Évola, quant à elle, ouvre sur une perspective supramatérielle.

Après des siècles d'engouement lyrique, de controverses passionnées au sujet des sources et des hypothèses sur le Graal, c'est un constat d'échec que les chercheurs eux-mêmes sont contraints de dresser. Cet aveu d'ignorance est décourageant, tout comme l'insinuation de la non-existence des valeurs en question est déconcertante. Mais comment des chimères inventées de toutes pièces par l'imagination auraient-elles pu enflammer l'enthousiasme de tant de poètes, d'idéalistes, d'hommes épris de vérité et de pureté ? Sur quelles données se sont basés tous ces fervents admirateurs ?

Ernest SCHMITT
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